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Une fois la première pierre posée le chemin est facile à tracer, dit un adage qu’il reste encore à inventer.
Il en va de même pour les séries de polars à héros récurrent et les albums de JJ Cale, c’est toujours la même chose ! Ceux qui n’apprécient pas savent à quoi s’en tenir, ceux qui aiment ont un sourire en coin et ceux qui ne connaissent pas peuvent piocher n’importe où dans la série la qualité est au rendez vous.
On peut se demander quel est l’intérêt de ce genre de production, tant leur esprit « automatique » semble éloigné de l’idée de créativité (au sens de renouvellement). Et puis, dans un deuxième temps, ami lecteur, tu peux te demander à quoi sert de donner un avis sur chaque volume de la série si on en connait déjà les principaux ingrédients ?

Voilà une bonne question, enfin on va dire que tu la trouves satisfaisante au vu de tes journées répétitives… la vie et si banale que tu en es à te demander quel peut être l’intérêt de faire dans le répétitif en terme de lecture et d’écriture d’avis.
Dans l’absolu, il faut l’admettre, la série à héros récurrent est un sport de faignasse, un sport d’affadissement des nuances au profit d’un auto satisfaction égoïste « ça, ça me plait… du coup pourquoi aller chercher plus loin ? ». De fait le plus souvent on se trompe d’angle d’attaque sur ce genre d’écrit, on se dit que l’auteur à trouver le bon filon, qu’il ne fait que creuser encore et encore la même veine… parce qu’on a l’habitude de subir des séries qui, effectivement, lorgne vers la facilité, vers le néant créatif. Mais de même que l’ami Proust ne quittait pas sa chambre et passait des heures à tourner autour de ses émotions, jusqu’à plus soif ; les artistes qui s’acharnent à dépeindre toujours le même monde, le font surtout parce qu’ils ne peuvent changer ni le monde, ni leur regard sur ce dernier. Dès lors la question n’est pas de jouer au jeu des sept erreurs, mais de voir l’effort que fournit l’artiste pour vous pousser en dehors du pouf mou de vos attentes.
Ce deuxième épisode des aventures d’Archer ne va pas te coller un .38 dans la bouche, tu ne vas pas non plus être baigné sous une lumière divine… non ! Tu vas, content de toi un peu fier, t’installer sur ton lieu favori, un disque sur la platine… tu sais que tu vas passer un bon moment… mais « malheur à toi » (comme disent les babus) tu as négligé que l’auteur était un écrivain toute plume acérée en avant. La première page est une claque, tu avais oublié la qualité du style, tu te souvenais de «tendu, sec, nerveux »… tu avais oublié le nœud aux entrailles, la gorge qui s’assèche, le monde qui s’affaisse. La certitude refait surface, implacable : Ross est un auteur qui ne prend pas par la main, c’est un auteur qui pousse du haut de la falaise… prendre son pied avec lui c’est découvrir notre masochisme latent.
Et pour cause, aucun des répliques du héros n’entre dans la limite des rapports sociaux. Si le premier volume nous le présentait comme « sur la corde raide », force et de constater que la causticité et l’ironie montent d’un cran… ça tient même à la tentative de suicide dans ce cas.
Dès lors, on le comprend, l’auteur met en place un véritable projet de destruction du rêve américain. Si l’intrigue se noue autour d’un banal adultère, très vite le filtre chaud et rassurant de la haute société va se lacérer sous le feu des remarques du héros et des situations glauques qu’il débusque avec le tact qui est le sien (le fameux tact dit du « coup de bélier dans ta gueule »). le neuf, le tape à l’œil, le rutilant, la bonne société, comme la moins bonne : file la gerbe au héros. Un héros qui devient, par son exaspération et sa quête constante de la vérité, de plus en plus une figure romantique : toujours insatisfait, jamais endormi.
Ross lie aussi plus explicitement Lew avec son décor, il l’assoie pleinement dans le décor qui va être le sien, il commence à lui donner un passé, des références, des tics… ce qui lui donne plus d’épaisseur. Dans le même temps, il désosse son intrigue, pour n’en garder qu’une trame simple, linéaire, mais aussi plus percutante, plus mordante.
En surface le portrait psychologique des personnages, leur motivation est toujours présent, toujours aussi subtile, brossé à coup d’images fortes et justes (franchement ce garçon à un don pour les métaphores et les comparaisons), plus en profondeur la chronique sociale s’établit sur des fondations amers, amers et justes. Nous ne sommes pas ici dans une noirceur blasée qui s’affiche comme la marque de fabrique d’un auteur trop intelligent pour survivre à la société qui l’entoure. Vous savez le genre Dantec, bien heureux de choquer les médias, d’exister par, pour et au travers du personnage qu’il s’est forgé. Ross est avant tout un auteur populaire, un auteur qui écrit pour être lu, pour être dévorer, pour être tordue, pour être tâcher de graisse, jeter au fond d’un sac, pour vous faire passer une nuit blanche… un auteur populaire qui ne se fout pas de la gueule de son lecteur, qui aime à lui raconter des histoires avec talent.

D’ordinaire l’amateur de bon polar que tu es dois choisir entre style et construction d’intrigue, ici le choix est tout autre : dévorer ce volume ou le consommer avec modération.

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