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« Je ne veux pas être secouru »
le monsieur vous dit ça alors qu’il marche seul dans une région désertique et paumée… et qu’il ne va pas tarder à se faire mordre par un crotale.
mais comme cela fait plusieurs fois qu’il échappe à une douce et tendre étreinte de grizzly on se dit qu’il est chanceux… ou pas.

déjà croisé dans le livre de rick bass (voir plus haut Smile)
doug peacock est un excentrique, un personnage..; le genre de misanthrope qui parvient à capter ce qui l’entoure, agissant comme un trou noir, captivant malgré l’énergie qu’il déploie pour se retirer du monde.

du moins c’est ce que je croyais avant de lire ce livre…
parce qu’en fait ce type est vraiment… euh… fou… sain d’esprit sans doute, mais fou.

si vous n’aimez pas la nature, les récits réalistes, les anecdotes, les prises de positions tranchées, je crains que ce livre ne soit pas fait pour vous.
il ne s’agit de rien d’autre que du témoignage d’un vétéran de la guerre du vietnam qui cherchant la « paix intérieure » finit par la trouver avec les grizzlys.

je randonne un peu et j’aime bien la nature, mais quand on voit que l’auteur supporte une semaine de pluie au milieu de la forêt sans rien faire d’autres que pêcher deux trois truites/jour et sans bouger de son campement (sommaire), on se dit qu’il est d’une sacrée trempe (à l’instar d’un jack london)… et puis quand il explique ses crises de malarias, on se dit qu’on a faire à un dingue.
et c’est tant mieux.
autant qu’un appelle à la (vraie) « protection » des ours (et de la nature « sauvage » en générale) ce récit est un témoignage dur, cruel parfois qui montre l’impossibilité pour un homme de revenir parmi ce qu’il nomme la « syphilisation » et qui met en exergue la stupidité du genre humain qui se dit qu’il peut et doit « gérer » la nature…

le premier tiers du bouquin alterne retour dans son pays (son besoin de solitude du fait de son incapacité à communiquer son traumatisme), souvenir du Vietnam (et l’on comprend en quoi une guerre est traumatisante et peu rendre paranoïaque) et rencontre avec les grizzlys.
ainsi on comprend que ce sont ces ours qui vont purger ses rêves et sa vision du monde de l’horreur humaine, au fil du livre, le Vietnam s’éloigne pour céder la place à une perception tranchée et extrême de l’écologie (enfin « extrême » poru certain, perso elle me semble être du bon sens).

toutefois s’il y a du personnel, de la prise de position écologique et politique qui émaille le récit… la grande partie des pages est noircie autour de rencontre avec des ours (et la nature qui les entoure)… on apprend des tas de choses et surtout on comprend à quel point l’auteur s’est fondu dans le paysage, à quel point il ne s’agit pas d’un « passe temps » mais de sa vie au quotidien.

Ici les espaces sont grands et confinés à la fois, votre femme enceinte vient vous rejoindre à travers les bois en croisant des grizzlys à 8 mois de grossesse, vous ne mangez quasiement rien et ne faîtes rien cuire pour ne pas être repérable, vous ne supportez plus la mention d’enfant mort, vous vous camouflez dans la forêt, entre les arbres, pour ne pas être vu ni des ours, ni des avions, ni des randonneurs…et vous vous asseyez sur un rocher en haut d’une crête rocheuse pour rendre un hommage à la nature… parce que vous avez rêvé d’un ours…
bref, une lecture sauvage, qui n’a rien d’apaisant… ce n’est pas le paolo coelho du mid-west (et bien lui en prend) ici il faut dormir dans des flaques de boue, humer l’air toutes les minutes, tendre l’oreille et ne PAS grimper aux arbres Smile

une lecture pour amateur de la nature (et écolo sans doute) et d’espace qui ne se niche pas dans une bobotitude urbaine et qui sait que gravir une pente montagneuse en plein soleil n’est pas un « plaisir qui fait rayonner notre soleil intérieur nous permettant d’entrer en communion avec les éléments afin de ressentir notre moi profond et sauvage pour purifier notre âme »… mais une douleur, une crevure, un oubli de soi, pour rien d’autres qu’une satisfaction pleine, entière et pouvori dire « c’est beau ».

Peacock est un homme qui fait peur, pas un doux-dingue allumé qui fait sourire, un fou qui nosu faire nous dire que l’humanité à choisir la mauvaise voie…

bref de l’aventure au menu.

chose intéressante, le style est assez brut de décoffrage, mais l’auteur y déploie un sens de la description en action assez remarquable, entre le ton du journaliste scientifique qui vulgarise, celui du rescapé, de l’engagé… il niche et solidifie sa passion autour d’un sacré sens du vivant, la nature est remarquablement rendue, les odeurs, les sons, les herbes, les pelages, les sensations… il décortique parfaitement le sentiment de la traque.

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