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On peut vivre entourer de livre, sans pour autant avoir la tête dedans, c’est comme tout ça dépend… Frazer et Pratt adoraient tous les deux les bouquins (25 000 volumes pour Frazer si je ne m’abuse) et pourtant ils n’eurent pas la même vie.
Alors qu’une seule télévision suffit au partage d’un seul cerveau pour tous, ou pas loin… parfois on gagne à la loterie des neurones un poil plus de recul que son voisin, mais rassurez-vous ça ne dure pas votre conjoint(e) appuie toujours sur la télécommande…
en ces temps reculés pour les synapses, on en viendrait à bénir les coupures de courants.

On a beau lutter contre la monogamie télévisuelle et se vautrer dans le stupre et la luxure avec des milliers de pages noircies, se prélasser dans le harem de l’effeuillage constant… pour être un bon lecteur, il ne suffit pas d’aimer les livres, encore faut-il que la passion dévorante ne tue pas notre capacité à l’émerveillement. Le zeste réactionnaire, le sentiment de déjà vu, l’esprit critique se doit d’être au rendez-vous… pas question de se laisser prendre pour un con… mais… toujours ! on se doit de ne pas être sur ses gardes, de prêter le flanc, le coeur et les émotions à ce que l’on va lire.
ça serait un joli crédo, s’il n’était paradoxalement irréalisable. au bout d’un moment, on ne choisit plus au hasard,on se laisse guider, on a des a priori, des envies, des moments… difficile de jouer les vierges en quête de princes charmants pour un dépucelage en règle… la lecture se nourrie de lecture…
du coup, on en vient à douter (en tout cas moi, pour vous je sais pas) de notre capacité à être surpris, ému par un bouquin
alors bien évidemment, il y a les « livres chocs » ceux qui vous surprennent au réveil, avant même que l’on est pu tendre la main vers le tube de vaseline, il y a ceux qui vous plaisent parce qu’ils savent s’y prendre pour flatter votre égo… bref, un harem est fait d’autant de tentation que de frustration (vous ne pourrez pas assurer au pieu, vous ne pourrez lire tous les livres tentant)…
le risque est donc l’enlisement du plaisir dans le maris spongieux de la « blasitude ».

si jamais cela vous guette… Tom Robbins.

j’en ai causé autour de moi, personne ne connait (et pourtant j’ai deux libraires pas incultes et au moins un ami qui aime lire, ce qui part les temps qui trottinent n’est pas chose évidente à trouver vous en conviendrez, ou pas… de toute façon, je m’en moque un peu je fais ce que je veux, c’est ma parenthèse).
auteur culte (mais apparemment pas en france) de la contre culture des années 60-70, Robbins prend des drogues hallucinogènes (mais pas quand il écrit) et aime à dynamiter les genres… ouais en vrai… il dynamite que dalle, car son genre n’existait pas avant lui en fait.
c’est une sorte de mélange entre Hunter S Thompson (las vegas parano et le journalisme gonzo pour les amateurs… et je vois déjà Vincent baver à lire ces lignes, car OUI il aime cette période de l’été de l’amour et comment pourrait on décemment lui en vouloir, alors même que nous sombrons dans le mercantilisme le plus suffisant) et Terry Pratchett (Pratchett dont on ne vantera jamais suffisamment les mérites, cet auteur est plus que doué).

Je ne sais pas si les cow-girl ont le blues…
mais personnellement j’en reste chamboulé.
je ne peux pas conseiller ce livre, car je ne sais pas trop de quoi il parle.
une fille vient au monde avec des pouces géants, elle va devenir la reine de l’auto stop et faire des rencontres…
là j’ai tout dit et rien dit… parce qu’entre temps vous aurez des considérations mystiques sur le zen, sur la religion européenne, sur les drogues hallucinogènes, des métaphores sur les pouces sorties de nul part, des indiens, des gays illuminés, des chevaux, des grues, du saphisme affriolant, des considérations sur le machisme qui vous donneront envie d’être une fille…
le tout ponctué par les apartés de l’auteur, par sa prise de parole constante, son style véritable écrin d’une pensée foisonnante et jubilatoire..

il est des écrivains martiaux, un peu à la mc Carthy avec sur le route, direct, tout en muscle, en un mouvement rapide et gracile qui tend à la pure beauté de l’instant, des écrivains de la parole comme proust, balzc, yourcenar (et tant d’autres) dont on ressort avec une impression de justesse, de noyade sous la déferlante constante du beau… etun tas d’autres écrivains doués… qui vous correspondent toujours plus ou moins.
et puis il y a des gens comme mister Robbins, un délire total, mais un délire maîtrisé… un flot continu d’aparté, de digressions, d’arrêt sur image, de coupure…

et effectivement ça vous dynamite la monotonie, ça ouvre des horizons et des perspectives.
c’est un long solo de blues matiné de free jazz… une improvisation sur une gamme imposée, sur un thème… avec des contrepoints, des montagnes russes de surprises… formant un tout déroutant et BON !

il malmène ses personnages, son lecteur, s’amuse à prendre le contrepied de nos attentes, fait dialoguer le pouce avec le cerveau sur 10 pages… et on en ressort rincé, épuisé, mais heureux… ça donne envie de faire l’amour.
mais en même temps, c’est un livre intime…

si vous aimez les histoires « directe », linéaire, les polars, les histoires d’amours, les sagas historiques, les romans classiques… vous devriez passer votre chemin. La lecture n’est pas ardue (n’importe quelle intro d’un volume de la pleiade ou page de Kant est bien plus dure à lire)… mais déroutante, on ne sait pas tellement où l’on va et ça n’a pas d’importance…
l’héroïne fait de l’auto stop, sans but précis, le roman parfois aussi… bien évidemment il y a un plan derrière tout ça, comme on peut dire qu’il existe une carte routière… mais nous ne décidons ni des itinéraires bis, ni des raccourcis.

bref (parce que je fais long là)…
si vous cherchez à vous dynamiter en tant soit peu les neurones, à leur faire faire de l’exercice (parce qu’il est documenté en plus l’auteur)
si vous avez envie de vous faire plaisir avec du récréatif
si vous avez envie de quitter un monde cubique et rationnel
si vous aimez quand les héroïnes aiment crosby still et nash
si vous avec l’esprit contre culture (le vrai hein)
c’est un livre pour vous.
sinon..; lisez le tout de même Smile

il existe une adaptation en film par Gus Van Sant, avec uma thurman, l’auteur a participé au film mais n’aime pas le résultat et je ne l’ai pas vu donc je ne me prononcerai pas Smile

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