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faut aimer marcher
ou du moins la nature.

pas la nature littéraire, avec des dangers, des épiphanies pour nos envies méditatives de citadins enrubannées de certitudes écologistes de magasine…
faut aimer la nature, la vraie, qui pue, qui colle aux bottes, qui fait suer, qui fait écorche, qui fait peur…
une forme de sauvagerie de tous les instants qui recèle encore assez d’inconnu pour vosu dévorez d’un coup, faisant passer les « monstres de dessous du lit » pour ce qu’ils sont : de gentilles peluches.

il me semble difficile de se diriger vers ce genre de lecture, si on n’apprécie pas, ne serait-ce que fugacement ce besoin de nature… je ne vous parle pas d’un « retour aux sources » survendu via ebay… juste d’un sentiment « d’être bien là ».

chez moi ça se concrétise par le mélange d’un épuisement rapide, j’aime marcher en montagne et je déteste ça… enfin je me déteste parce que dans mon coin il n’y a pas de montagnes, des champs, de la pluie (pas chaude qui donne envie de se croire à woodstock, non de la froide et nulle… car c’est nul la pluie froide) et à force de me planquer dans un repli social d’anonymat, pour avoir du temps pour lire des livres et poiur la musique afin de ne sauter à la gorge de personne… je me retrouve vieillissant, asthmatique, un peu de graisse en trop sur le bide… à me maudire… je n’aime pas marcher en montagne, car j’aimerais pouvoir le faire plus souvent et aller plus loin..; (pas plus vite, on s’en fout de plus vite).

du coup, forcément, ce genre de bouquin a tendance à flatter mon envie de pisteur sioux enfantine et de m’enterrer sous un gravas de culpabilité de la taille des rocheuses.

rick Bass est un naturaliste, journaliste…
le genre de mec dont on croit qu’il ne fait que se balader gentiment et qu’il est payé pour donner son avis sur ce qu’il voti et les gens qu’ils croisent… une vie honteuse… il ne pourrait pas plutôt aller trimer comme totu le monde, plutôt que de compter les paquerettes.
il a dans ses amis Doug Peacock, un spécialiste des ours, de la survie, un garçon assez… hum… je ne dirais pas extrémiste mais assez… convaincu et azimuté (d’ailleurs c’est lui qui inspira Abbey pour l’un des personnages du roman « le gang des clefs à molettes » pamphlet écolo activiste de bonne facture)

ils décident d’aller vérifier s’il reste toujours des grizzlys dans le colorado.
ce bouquin raconte le récit de trois expéditions menées trois années de suite à la recherche…
du phénoménale, mystérieux, étrange, colossal, impressionnant : grizzly… enfin de ses crottes, de ses poils, de ses crottes, de ses empreintes et de ses crottes…
Bass, ne livre pas un récit « plein d’humour et d’aventures croustillantes » qui feront le régal de vos soirées sans amis à la recherche d’anecdotes…
c’est un mélange de préoccupation écolos de qualités (comment préserver la nature) sans être moralisateur, de bon sens et du quotidien de ce genre de « traque »…
on y parle chaussure, escalade, sac à dos, bivouac, bière, chasse, marche à pied, sueur et merde d’ours.
on y croise des chasseurs idiots (c’est pas moi qui le dis c’est le narrateur et ses amis qui chassent eux aussi), des écolos fashion, une haine des sentiers, une adoration des chanterelles (faut dire c’est bon), des tonnes de savoir et de connaissance, des biches, des cerfs, des arbres, des merdes d’ours…
(et pour les amateurs on apprend que peacock est sponsorisé par patagonia et une marque de chaussure française).

bref, si vous avez de grands espaces façon « la nature c’est pas cool, mais c’est mieux que la tv et le canapé… et rien ne vaut une bonne veillée au coin du feu à siroté du wild turkey pendant qu’un grizzly peut venir vous dire bonjour »
ces récits étranges mêlant avec brio commentaire à chaud, réflexion, prise de recul et sueur…
et qu’en prime vous aimez les ours (perso j’ai eu la chance d’en croise deux trois en vrais sur deux trois jours… depuis… bref Smile )

un petit livre… qui commence à me donner des fourmis dans les jambes.

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