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repartons faire un tour du côté « noir » de la collection Totem de Gallmeister

Un polar moins « culte » que d’autre (je pense à Shibumi qui est actuellement dans ma pile « à lire » ) « la sanction » reste connue surtout pour son adaptation au cinéma par Mister clint (dieur karpofien) eastwood…

roman d’espionnage autant que polar, ce livre (le premier de l’auteur) est à l’image de Trevanian, assez insaisissable. Il faut bien le reconnaître l’image du prof écrivain qui refuse les interviews et les photos à de quoi alimenter les mythes et les fantasmes.
écrit à la fin des années 60/ début des années 70, c’est à dire en pleine guerre froide, ce roman possède ce petit charme surannée des james bonderies d’alors… pour le peu que l’on ait un penchant pour romans d’espionnage, difficile de passer à côté.
C’est donc avec des idées préconçues plein la tête que l’on aborde la lecture de ce livre.

Et on ne sera pas déçu car il est bourré jusqu’à la gueule des éléments du genre : un espion tué en mission, une mystérieuse organisation gouvernementale, des tueurs, des espions, des contre espions, des enjeux mondiaux, un mystère, des mensonges, des beautés fatales, de l’aventure, de l’action, du suspens… sur un rythme haletant.
tous les ingrédients d’un roman de gare bon marché, aussi vite dévoré que déjà relégué avec les autres papiers gras de la littérature, rien de déplaisant, rien de marquant non plus…

sauf…

un style, une approche… assez déjanté…
le début avec son ton cynique, ces comparaisons venues de nul part, ses situations rocambolesques fait penser à du boris vian (rien que ça !)… ce n’est pas aussi fantaisiste, mais Trevanian dynamite le sérieux de son roman avant même de l’avoir installé.
Son personnage principal n’est pas seulement azimuté (un féru d’art prof par dépit et misanthrope par nature) il est d’une lucidité mordante… de fait ses considérations sur l’art ou sur son métier de « tueur occasionnel » sont tout à la fois déroutantes pour les personnages qui l’entourent que jubilatoire pour le lecteur…
c’est vif, brillant, cultivé (sans être prise de tête) et très nerveux…
car après un début en fanfare, peut être en sachant qu’il ne pourra tenir l’équilibre entre burlesque et espionnage sans tomber dans la caricature, très longtemps, l’auteur tend son histoire, vers le mystère et les dangers… il joue ainsi à la fois sur le mystère (qui est la cible du héros ?) et sur le danger de la situation (la perspective d’escalader une paroi réputée indomptable).. il ne lui reste plus qu’à lâcher son héros dans un jeu de quille parfois convenu (les personnages féminin surtout) pour que la réussite et l’efficacité soient au rendez-vous.

Après si l’humour et le cynisme sont toujours au rendez-vous (les guides de montagnes suisses qui facture l’usure d’1/4 de chaussure pour la journée Smile ) ils sont peu à peu phagocytés par la pression du récit et par l’urgence de la situation.
un partit pris narrativement intéressant qui renforce les enjeux de l’histoire, mais qui déroute également le lecteur, difficile de ne pas sentir un « coup de mou » au deux tiers de l’histoire… entre le moment où tous les éléments sont réunis pour le grand final et le grand final à proprement parlé, il y a un ventre mou, on cherche un peu les intentions de l’auteur, le pourquoi de certaines scènes… c’est loin d’être « loupés », mais l’oeuvre semble comme enrayée sur quelques pages.

reste que ce personnage attachant par ses côtés antisociaux, porte autre chose qu’un regard caustique sur le monde, il en propose une véritable critique.
Au creux de ce qui paraît être un exercice de style hautement maîtrisé et jubilatoire, se dessine une écriture juste, devançant à merveille les attentes du lecteur sur le plan des rebondissements pour prendre un envol inattendu dans les scènes de descriptions… on est pas dans frisson roche, mais les passages en haute montagne sont criants de réalisme, de même que les motivations des personnages qui loin d’être uniquement « là pour l’action » paraissent mû par des ficelles que l’on ne nous permet pas de percevoir entièrement. C’est en quelque sorte la nature qui vient remplir, par les défis qu’elle propose, ces « blancs ».

un roman d’espionnage écrit par un écrivain mystérieux possédant style et panache.
quelques baisses de rythmes ne gâchent en rien le plaisir de la lecture.

un pdf trouvé sur le site de l’éditeur qui donne plus d’infos sur l’auteur : Les%20myst_res%20Trevanian.pdf

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