Mots-clefs

,

Haaaaaaaaaaaaaaaaa le bon vieux temps du Hard Boiled américain, le privé dans son imper, la cigarette qui se consume éternellement, les belles et vénéneuses pépées aussi lascives que tentatrices, les phares des décapotables dans la nuit… humphrey bogart, lauren bacall…
Et l’oubli…l’oublie de la subversion, l’oubli de la dureté, l’oubli du style, l’oubli de l’engagement… de Dashiell Hammett et de tant d’autres. Tous cantonnés dans la boîte de pandore des idéaux en papiers prémâchés d’Hollywood. Le style corrosif de ces écrivains se termine en carte postale noir et blanc pour écrivaillon nostalgique.
La redécouverte de Ross MacDonald par les éditions Gallmeister, avec une nouvelle traduction toute pétulante un .38 dans chaque main, changera t’elle la donne ?
Non ! Mais disons le tout de go : on s’en fout !

Libres aux imbéciles heureux de se vautrer dans la fange télévisuelle à coup d’intrigue molles et de personnages chamalow tirés tout droit de catalogue par vente par correspondance, la réédition des aventures de Lew Archer ravie (oui ! c’est une certitude) les gens de bon alois.
Les amateurs de ronsard, balzac, hugo, yourcenar, flaubert et consort… savent qu’il est difficile, âpre, rancunier, sans faux semblant le chemin de la simplicité, du style direct. Les amateurs de polars, les vrais, savent qu’en prime au pays des chevaux sauvages et d’elvis presley, simplicité rime souvent avec brutalité. Il serait tentant de dire qu’on ne lit pas Ross Macdonald, mais qu’on le prend en pleine tronche, comme un upercut…cela serait tentant, mais faux. En effet, ça reviendrait à dire que le whisky vous brûle le palais, un truisme de plus dans le monde merveilleux de l’avis littéraire sur mesure pour émission de radio survitaminée à coup de stagiaire et d’intermittent du spectacle.
On ne peut pas prendre « Ross MacDonald dans la tronche » pour la simple et bonne raison, que son héros (ce genre Lew) le fait à notre place. Il est l’archétype du privé fouineur qui développe le tic nerveux d’aller foutre son visage tout contre le poing des personnes qu’il croise, autant que les filles qu’ils croisent aiment à lui lancer les œillades les plus meurtrières du monde, que les voitures cherchent à l’écraser, le sommeil à l’éviter… difficile d’en faire plus, difficile de faire mieux.
Le pire c’est que cela fut digéré par la majorité des gens comme une figure de style, si on la ressort de temps à autre du formol (chinatow de polanski, manchette ou angel heart et roger rabbit si on a l’esprit ouvert) c’est rarement pour son bien. Servant de décorum au moins doués des auteurs, ce moment du roman américain (qui a pourtant inspiré les plus grands à sa suite) se transforme en un cliché, un objet caché dans sa propre brume.
De fait, on a dû subir des dizaines, des centaines de « pseudo » auteurs depuis, des tiroirs caisses de l’écriture qui contribuent encore et toujours à entériner l’image d’un « sous genre » lorsqu’il s’agit de polar.policier. Les genres se sont multipliés, parfois avec joie, moins le talent. Combien d’enquêteurs minables, d’histoires abracadabrantes avons-nous dû subir pour vendre des volumes toujours plus gros et infâmes… lorsque le seul critère pour évaluer une œuvre c’est la vitesse à laquelle il nous fait tourner les pages, on parle alors de divertissement, de show, d’un outil… et beaucoup moins d’un livre.
De quoi être blasé… de quoi désespérer.
Mais voilà, Lew Archer est peu connu en France, cette nouvelle traduction est donc le moyen de voir si nous avons des convictions ou des illusions.
En terme de personnages, rien de bien original MacRoss reprend le canon initié pas Hammett avec Sam Spade, dont Lew est à la fois un hommage et la prolongation. L’intrigue va mettre en avant la face cachée de la richesse de la côte ouest (là encore rien de bien original, même pour l’époque) avec une galerie de personnages blasés, jouant double voir triple jeu, le tout sur fond de critique sociale.
On l’aura compris la majorité des éléments sont réunis, on notera également que l’auteur rajoute une « dose de sentiment » dans sa mixture. La « fameuse » prolongation au style « comportementaliste » d’Hammett consiste à l’incursion de psychologie dans l’écriture, on peut ainsi suivre le héros dans ses pensées et dans son ressenti. Cela n’enlève en rien au charme « noir » du livre, tout en lui ajoutant un élément nouveau en lieu et place du cynisme mortuaire (et génial) d’Hammett on trouve ici : une ironie mordante.
Ainsi amis lecteur, tu es en terrain conquis, tu sais déjà tout de cet ouvrage, même l’intrigue a déjà resservie un nombre incalculable de fois… mais… ne rebrousse pas chemin. Car, non, nous ne vivons pas dans l’illusion d’un monde perdu, oui la majorité des sorties littéraires ne sont qu’un moyen de te faire perdre ton temps, oui il y a de véritables écrivains qui font du polar, oui tu sauras les reconnaître du fond de ton petit cœur duveteux.
Au bout d’a peine quelques lignes, tu le sauras, tu te maudiras d’avoir perdu ton temps sur autant de sous merdasses affadies, si tu veux du vrai polar, du méchant, du qui pique, qui vise juste, qui réplique à la mitrailleuse sans se servir des « docteur en scénario » d’hollywood, du qui n’épargne personne, du qui sais livrer le cœur d’une situation en un mot, exposer un drame retors en quatre et ne faire preuve d’aucun misérabilisme ou de pitié mais parfois d’humanisme.
Il est des grands écrivains (Julien Gracq au pif ) qui prennent leur pied et le notre dans des phrases alambiquées qui serpentent de bonheur autour de notre cortex, c’est jouissif mais il serait faux de croire que l’écriture se résume à cela. L’écriture c’est aussi (encore heureux) Ross Mac Donald, c’est-à-dire un style juste, incisif, percutant, beau par sa fulgurance, beau parce qu’il ne vous laisse pas le temps de respirer qu’il vous aspire dans son histoire, dans la peau d’un être décharné, délabré que seule une morale moribonde continue de tenir debout tel l’épouvantail d’un conte d’horreur pour malfrat…
Ne serait ce que pour le style imparable de son auteur ce bouquin vaut le coup, mais en prime il sait raconter une histoire… on se prend à ralentir le rythme de la lecture pour profiter encore et encore…
Oui, il mérite le nom de classique !

une liste de jazzmen est disponible dans le roman, je vous laisse l’écouter ^^

Publicités